« Socialistes contre l’austérité »

Bellerive2Ce week-end (20-22 juin) a eu lieu à Bellerive-sur-Allier un rassemblement organisé par les « socialistes contre l’austérité ». Environ 200 militants ont répondu à l’appel, venus de 64 départements. Annonce d’une perspective de rassemblement à gauche porteuse d’espoir ?

La session de samedi après-midi à laquelle j’ai assisté s’intitulait « La bataille contre l’austérité et pour de nouveaux modes de développement ».

Elle a débuté par l’intervention du journaliste François Ruffin (Fakir, Monde Diplomatique, France Inter : Là-bas si j’y suis), invité par Gérard Filoche (membre du Bureau national du PS) sans doute dans le but d’apporter un regard extérieur, voire de secouer l’auditoire socialiste, rôle qu’il a rempli à merveille.

François Ruffin

François Ruffin

En arrivant à la tribune, il a commencé par arborer le tee-shirt de la campagne présidentielle de F. Hollande, au dos duquel on pouvait lire « Le changement c’est maintenant ! » Une introduction en guise de boutade bien entendu, puisque suivie d’une synthèse du triste sort de l’industrie française, à l’instar de sa région, la Picardie, autrefois fortement industrialisée et à présent sinistrée, du fait de la mondialisation et de son acceptation par une partie de la population, y compris le PS et ses électeurs. Ayant précisé que Hollande, Valls et la politique du gouvernement (pacte de responsabilité, etc.) ne sont pas le problème mais un symptôme du « virage à droite » du PS depuis 1983, Ruffin a lancé à son auditoire : « Comment peut-on être élu ou député socialiste et accepter tout ça ? ». Il a même osé une comparaison entre le Parti Socialiste et la secte du Temple Solaire, avec ses suicides collectifs…

Bellerive5

Julien Bayou (EELV)

Se sont suivies alors des interventions de militants et d’élus PS (mais pas uniquement car, par exemple, un militant du NPA a pris la parole pour appeler à « avancer vers un gouvernement anti-austérité, sinon on est mort »), qui se sont dépassés les uns les autres dans leurs critiques du gouvernement (Valls et Hollande ont dû avoir les oreilles qui sifflent), dans les rappels des fondamentaux du socialisme, dans les appels à se rassembler (au sein de l’aile gauche du PS puis avec toutes les forces de gauche) pour combattre la finance, réduire les inégalité et les injustices, bref, pour mener enfin une politique de gauche. Des propositions concrètes ont été avancées : VIe République, la BCE qui prête directement aux états, réforme fiscale, augmentation du smic, diminution du temps de travail, salaire maximum, défense des services publiques, opposition au GMT, opposition à la politique de l’offre, transition énergétique…, etc. On aurait pu croire entendre la récitation du programme du Front de Gauche ; c’était pourtant bel et bien la liste des propositions de l’aile gauche socialiste ! L’expression « planification écologique » a même été prononcée. Tout cela afin de « proposer plutôt que de seulement s’opposer ». Un militant a suggéré plus modestement de commencer par appliquer les 60 engagements électoraux de Hollande. La question de François Ruffin (« comment peut-on accepter tout ça ? ») a donc trouvé sa réponse : ces militants et élus du PS refusent manifestement d’« accepter ». Une autre question a alors surgi dans mon esprit : « Comment font-ils pour rester au PS ?? ». Comme par miracle, elle a immédiatement trouvé une réponse dans la bouche d’Emmanuel Maurel (député européen, secrétaire national du PS), qui a d’abord répondu à l’accusation de Ruffin au sujet du projet de suicide collectif de son parti, en disant que « ce rassemblement montre que nous voulons vivre ». Comme réponse à « ma » question (qui avait donc surgi dans de nombreuses autres têtes), « Quitter le PS ? », il a lancé : « Au contraire, car nous sommes fidèles à nos idées ; c’est les autres, ceux qui ne s’y reconnaissent pas, qui doivent partir ! ». (On peut espérer que cette bonne idée soit transmise à Hollande, Valls ainsi qu’à leurs très nombreux « camarades ».)

François Calaret (Ensemble)

François Calaret (Ensemble)

Gérard Filoche, en terminant la session, après avoir évoqué, concernant le « virage à droite du PS », la « trahison de la direction », et cité une formule humoristique selon laquelle « Valls est à l’extrême droite de la gauche », a déclaré : « On est parti pour une grande bataille ». Mais a aussitôt prévenu : « Ça va être dur ». Pour bien illustrer son propos, il a jugé opportun de rappeler la situation du parti social-démocrate grec Pasok avant sa dégringolade électorale, dont 60 députés se sont opposés au gouvernement Pasok pendant deux ans, et dont les 21 qui n’ont pas cédé aux pressions ont fini par se faire exclure. G. Filoche a insisté sur le fait que « c’est important de savoir ça » et qu’il faut donc se doter d’une « peau de mammouth ». Comme encouragement aux troupes, on aurait peut-être pu trouver mieux…

La session de dimanche matin s’intitulait « Construire le rassemblement de la gauche et des écologistes ». A part les représentants des « différentes sensibilités » de l’aile gauche du PS, ont pris la parole des représentants du Front de Gauche (Lucien Jallamion pour République et Socialisme, François Calaret pour Ensemble, Elisa Martin pour le PG, Patrice Bessac pour le PCF), ainsi que de EELV (Julien Bayou) et de la GU (Christian Picquet).

Elisa Martin (Parti de Gauche)

Elisa Martin (Parti de Gauche)

A la fin de cette dernière session, Gérard Filoche a lu un texte avec des revendications que les socialistes rebelles présenteront à leur parti et au gouvernement. L’avenir montrera s’ils iront jusqu’à suivre l’appel d’Elisa Martin (Parti de Gauche) de se positionner réellement en autonomie vis-à-vis du gouvernement, en votant notamment contre les lois budgétaires rectificatives et contre le budget 2015. Car, selon la 1ère adjointe au maire de Grenoble qui a passé 15 ans au Parti Socialiste, le regroupement de la gauche est souhaitable et nécessaire mais ne doit pas se faire sur une illusion.

Lidia Lebas

6 commentaires pour “« Socialistes contre l’austérité »

  1. flo
    23 juin 2014 at 14 h 59 min

    Merci pour ce compte-rendu. Je serais étonnée que tout ceci débouche sur des résultats concrets, cela fait tant de temps que Filoche geint pour rien.

  2. Vergne
    23 juin 2014 at 15 h 00 min

    On aura une réponse assez vite sur leur sincérité : voteront-ils la loi de démantèlement de la SNCF ?

  3. BAGES
    23 juin 2014 at 15 h 01 min

    Je pense pas que c’est là que l’on verra car je pense que certains traitres du front de gauche voteront ce texte.

  4. GAUTIER Danielle
    24 juin 2014 at 19 h 20 min

    paroles…paroles…. aucune confiance….
    nous attendons les actes.

  5. Souilhat Maité
    25 juin 2014 at 22 h 40 min

    Que de bonnes propositions « qui sont celles du front de gauche toutefois » mais on serait enchanté qu’elles s’appliquent concrètement! Que ce ne soit pas encore que du vent ! Comme dit Danielle on attend des actes.

  6. 20 août 2014 at 13 h 33 min

    Communiste, je ne me retrouve pas dans ce type de rassemblement d’européistes de Gauche. J’ai connu le Programme commun, la Gauche plurielle… Maintenant, je peux faire le constat que le front de Gauche dessert le mouvement révolutionnaire incarné par le Parti Communiste Français. Pour moi, communiste, tirant les leçons du Passé, je considère que nous devons sortir de cet effacement « front de gauche » pour construire un grand PCF sur des bases de classe. L’objectif doit être : la réappropriation du Parti par les militants, sa structuration au plus près de l’exploitation capitaliste, le rassemblement des communistes et leur mobilisation pour une sortie de l’euro et une rupture avec l’UE du capital.

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